Conte de printemps

Le jeu épidermique de Hugues Quester
Contrairement à l'idée que le cinéma de Rohmer peut donner pour qui le regarde avec distance, il n'y fait pas parler que les mots. Il y a chez lui une attention sourcilleuse à la vie du corps et à sa fonction dans la dramaturgie.
Les femmes qui pleurent
Fragonard

Jean-Honoré_Fragonard_009CkWpvL2WEAQDYjI

Rien de plus dissemblable que ces deux images. L'énumération serait sans fin : peinture / photogramme - image fixe / image en mouvement - couleur / noir et blanc - dramatisation de la lumière / austérité des contrastes - théâtralité / sobriété documentaire...
Pourtant ce photogramme de "Ma nuit chez Maud" raconte très bien ce à quoi le spectateur assiste en visionnant la scène complète dont il est tiré et que le tableau de Fragonard rend plus explicite par sa juxtaposition : la violence de sa charge érotique.
Rohmer a ce talent particulier de toujours savoir égrener au cours de son film quelques images emblématiques, images « boites aux trésors », qui ont pour fonction, avec un minimum de moyens et sous des dehors respectables, de renfermer un contenu infiniment plus explosif. Un monde de désirs bouillonnants auquel le spectateur aura accès en un éclair chaque fois qu'il portera les yeux sur elles, que ce soit en imagination, par une représentation photographique ou durant le visionnage, sans avoir pour cela besoin de repenser la scène dans sa totalité.

Capture d’écran 2016-06-17 à 04.25.10

Ainsi, on retrouve aisément l'émotion et le sens d'un poème - écouté pour une fois avec distraction - en laissant les rimes sonner à son oreille.

loveintheafternoon5

Pour le spectateur qui, visionnant le film pour la première fois, croise le chemin de ces images "boites aux trésors" elles paraissent aller de soi. Elles sont humbles et ne se détachent pas particulièrement des autres plans prises qu'elles sont dans l'économie générale du récit. Il ne peut pas supposer que leur nature picturale s'imprimera durablement sur sa rétine et pourraient bien lui tenir compagnie pour le restant de ses jours.

le-genou-de-claire.jpg

De façon plus picturale, il y a quelque chose qui fait songer au cinéma d'Alfred Hitchcock. Raymond Chandler travaillant un temps sur le scénario de "L'inconnu du Nord-Express" disait de ce dernier avec raison, bien que sur un mode péjoratif : « Il réalise le film dans sa tête avant de savoir quelle en sera vraiment l’histoire. Et, on se trouve en train de justifier les plans qu’il a envie de faire plutôt que de construire le scénario. »
D'un point de vue méthodologique, Rohmer, probablement, finit par obtenir ce qu'Hitchcock commence par imaginer, mais chez l'un comme chez l'autre il y a cette idée d'une image emblématique, résultat d'un récit, que le spectateur est invité à considérer un temps pour elle-même, indépendamment du récit qui l'a engendrée et qui en poursuit malgré tout l'élan.

mort-aux-trousses-1959-06-g.jpg

Image "empreinte digitale" de La mort aux trousses
 Léonard de Vinci

Capture d’écran 2016-06-26 à 16.46.55

thm_frauenkopf

Rohmer + Truffaut : Les hommes qui aimaient l'amour l'après-midi
Ma nuit chez Maud : La présence du fond sonore derrière les dialogues, permet aux personnages de Rohmer de ne pas parler en son nom : il ne filme pas qu'eux.

 

3

CVA-r-PUkAAoPNs.png

Le rayon vert + Le signe du Lion
Conte d'été
Courir plusieurs lèvres à la fois

Capture d’écran 2016-06-20 à 13.35.11.png

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s